[Avis d’expert] Après la crise sanitaire, comment le digital accélère la transition écologique de l’industrie aéro ?

Parce que le trafic aérien de passagers est soumis aux aléas économiques et sanitaires, en matière d’ingénierie, de fabrication et de gestion du cycle de vie des appareils, la transformation numérique du secteur devient un impératif. Pour concevoir mieux, plus vite, à moindre coût tout en proposant une qualité et une maintenance d’excellence. Mais aussi pour faire émerger les design et solutions qui, demain, réduiront l’empreinte écologique des avions, estime Antoine Labuche, Responsable commercial Industrie 4.0 chez Ad Ultima Group.


La crise sanitaire, avec ses impacts sur le trafic aérien et les commandes d’avions, invite plus que jamais constructeurs, équipementiers et sous-traitants de l’aéronautique à s’appuyer sur le digital. Afin de flexibiliser la production d’abord. Aujourd’hui, la mise en œuvre de vraies usines 4.0 permet ainsi d’avoir des processus homme-machine et de bâtir des chaines d’approvisionnement très agiles pour réduire les coûts et réagir vite en cas de reprise ou de baisse de la demande.

Surtout, la digitalisation est urgente pour concevoir nouveaux modèles, nouveaux moteurs, nouveaux éléments aérodynamiques et autres pièces mécaniques qui composeront les appareils de l’avenir, tout en maîtrisant les coûts et en réduisant les erreurs.

Désormais, les professionnels du secteur peuvent ainsi accéder à des outils et une intelligence logicielle puissants et de haute précision en termes de simulation, d’automatisation de la production et de suivi en conditions opérationnelles de leurs produits.

Ils vont donc littéralement capitaliser sur les données et la connectivité pour accélérer la mise en production, prédire des comportements et consommations des engins, puis gérer finement et efficacement la vie et les usages des composantes d’un avion. Le déploiement de la réalité augmentée et de maquettes numériques promet aussi de raccourcir le temps consacré à la mise en conformité des appareils et de réduire significativement les risques potentiels.

Et, puisque le secteur s’est engagé à diviser par deux ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 par rapport à leur niveau de 2008, miser sur le digital s’avère opportun. Le potentiel offert par l’usage de jumeaux numériques en est la preuve. Copies d’un avion, de l’un de ses équipements voire de son processus de fabrication, ils peuvent notamment se nourrir de données de capteurs installés sur les produits existants et/ou en fonctionnement. De quoi analyser l’utilisation effective d’un avion et identifier les « postes » les plus émetteurs pour innover sur la prochaine génération par exemple. Il est aussi possible de s’appuyer sur un jumeau numérique pour tester plus finement design et performance des pièces au regard de leur contribution aux consommations énergétiques d’un appareil.

Par ailleurs, à bord des avions en fonctionnement et dans les aéroports, le numérique permet d’apporter des systèmes de gestion connectée des vols et de réduire les consommations de carburant et émissions associées de manière non négligeable en ajustant finement trajectoires et vitesses des engins.

Aucun doute, le secteur aéronautique dans son ensemble doit miser sur les technologies digitales qui s’offrent à lui pour réussir sa transition écologique tout en restant compétitif. Les outils existent. Reste à faire adopter aux dirigeants et équipes une culture « digital-compatible » pour s’assurer de faire des solutions numériques le nouveau capital des entreprises.

Antoine Labuche, Responsable Commercial Industrie 4.0 chez Ad Ultima Group

Antoine Labuche